CONNEXION

03 octobre 2014

Je n'ai pas connu le Mur de Berlin

 

Ich bin ein Berliner

Alors que je préparais le marathon d'Amsterdam, j'ai pu obtenir un dossard pour le marathon de Berlin. Le marathon d'Amsterdam a lieu le 19 Octobre et celui de Berlin le 28 Septembre. Pour Amsterdam, j'étais parti pour effectuer une préparation de 9 semaines, j'ai décidé de participer au marathon de Berlin, ce qui réduit ma préparation de 3 semaines, je vais donc partir sur une préparation de 6 semaines.

J'ai demandé à l'organisation du TCS marathon Amsterdam de me faire basculer sur le semi-marathon (à Amsterdam, nous pouvons changer le marathon contre le semi-marathon jusque 6 semaines avant le jour j). Je ferai donc le marathon de Berlin à fond avec une préparation courte, je sais que ça va être dur de réaliser une performance mais le marathon de Berlin est tout plat et plus facile que Paris, donc pourquoi pas faire mieux qu'au mois d'avril.

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                                                        Je n'ai pas connu le Mur de Berlin

6 semaines d'entrainement

A partir du moment ou je me suis inscrit, j'ai décidé de ne plus suivre de plan d'entraînement personnalisé mais de m'organiser par moi même un plan de recharge me permettant d'être performant et endurant le plus rapidement possible.

 J'ai privilégié les sorties longues en effectuant des blocs de 2-3 séries de 7 km à allure marathon : entre 4'30 et 4'45/km avec 3 minutes de récupération entre chaque fraction et cela réalisé autour des lacs du bois de Boulogne.

 L'idéal est de se tester sur un semi-marathon 4-5 semaines avant le jour du marathon.

 J'ai choisi de participer au semi-marathon Auray-Vannes, cette course est dans mon calendrier depuis le début de l'année.

 Elle est placée seulement 2 semaines avant le marathon de Berlin, j'ai donc choisi de ne pas la faire à fond et d'y rajouter au moins 10 km afin d'effectuer une bonne sortie longue. A l'arrivée je suis content, j'ai fait une grosse sortie longue et ai respecté mon allure marathon (4'37).

 En revanche, j'ai beaucoup donné sur cette course (j'ai tapé dedans comme on dit) et suis inquiet à 15 jours du marathon, mon corps a mal, je suis fatigué, vidé. 2 jours plus tard, je fais un footing avec le groupe des étoiles du 8 ème, Olivier me conseille de me reposer d'ici le marathon, place à la récupération !

 La fin de la préparation sera essentiellement composée de quelques fractions allure marathon et de footings de récupération.

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                                                             Des footings à la campagne pour préparer le marathon

Après la préparation, place au marathon ! 

Le running expo version Berlin.

Je suis arrivé à Berlin vendredi soir vers 22h et doit donc retirer mon dossard le samedi (veille de course), chose à éviter à cause de la fatigue et de l'affluence au village ce jour là.

10H, je suis au village qui se situe dans un ancien aéroport. 

La marque Adidas est en force, c'est un des sponsors officiels de l'épreuve. Le stand de la marque à 3 bandes est grand, il ressemble à celui d'Asics au marathon de Paris.

J'en ai profité pour acheter un cuissard et une paire de chaussettes. Les différences avec le running expo : le t-shirt finisher (en option) est à retirer au village, le dossard est imprimé devant le coureur, chaque coureur doit avoir un bracelet obigatoire (obtenu lors du retrait du dossard) à son poignet durant tout le week-end, des épingles à volonté sont à disposition dans des corbeilles.

J'ai préféré le running expo de Paris ou j'ai pu discuter à chaque stand, je parle très peu anglais et pas du tout allemand, j'ai seulement pu échanger quelques mots au stand Aso présent sur le village, un peu frustré...

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                                                                 Le retrait du dossard du marathon de Berlin, un moment magique


Le tourisme d'avant course : La porte de Brandebourg

J'ai pu admirer la porte de Brandebourg le samedi après-midi.

Le monument est impressionnant et est chargé d'histoire mais moins volumineux que l'Arc de triomphe par exemple.

Tous les participants passeront en dessous de la porte qui se situe à 200 m de l'arrivée.

Dans quel état serais-je à ce moment me dis-je, ça commence à tourner dans la tête, le marathonien que je suis se met à stresser de plus en plus. J'ai également vu le Reichstag et le Bundestag qui sont les équivalents du Sénat et de l'Assemblée nationale en France.

Pour accueillir les consignes, le site est bien plus vaste que l'avenue Foch, il y a également des panneaux avec des lettres inscrites dessus plantés dans le sol pour déterminer les points de rendez-vous des coureurs.

Rentré à 17h à l'hôtel, place au repos pendant 2 petites heures avant d'aller manger une ultime assiette de pâtes dans un restaurant. 23h-23h30, je suis au lit.

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                                                      La Porte de Brandebourg

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                                                               Le Reichstag

 

Enfin le départ de mon 1er Major marathon

Levé à 5h30, je ne change rien à mes habitudes, je prends mon petit-déjeuner 3h avant la course.

A 7h tout est ok, il faut y aller. Contrairement au marathon de Paris, c'est plutôt calme dans le metro, il y a de la place, je peux même m'asseoir sans soucis.

Je dépose mon sac aux consignes vers 8h15, il me reste 30 minutes pour gagner mon sas et satisfaire un dernier besoin naturel.

Les sas du marathon de Berlin ne sont pas identifiés en terme de chrono mais par des lettres (ABCDEFGH). Je suis dans le sas E, j'imagine que c'est celui correspondant à 3h15 puisque au moment de l'inscription j'avais donné un chrono de 3h20 (mon RP sur marathon) à l'organisation.

Lors de l'entrée dans mon sas, j'ai été étonné du filtrage des coureurs, la foule se précipite à l'entrée, les bénévoles jettent un œil rapide sur chaque dossard, trop vite selon moi pour identifier tous les coureurs. Ensuite nous arrivons dans une sorte de forêt, avant de gagner la grande avenue au départ, situé face à la colonne de la victoire (Siegessaule).

Là aussi, j'ai été étonné de la facilité que pouvaient avoir les coureurs pour franchir les barrières délimitant les sas, je pense que j'aurai pu aller dans le sas au dessus du mien sans problème.

Peu d'attente au départ, les meilleurs sont partis seulement 3 minutes avant moi.

Il est 8h48 et je m'élance pour mon 1er marathon à l'étranger, et mon 1er Major marathon. 

Je ne prends pas trop de goût à cela, j'ai peur de ma course, j'ai peur, en raison d'une préparation trop courte, de ne pas prendre de plaisir mais de subir

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                            La colonne de la victoire située à 1km du départ, comme au marathon de Paris avec l'obelisque de Louxor      

Le 1er semi

Les premiers kilomètres sont plutôt sympa : je suis beaucoup géné, j'essaie de dépasser des coureurs mais c'est difficile, c'est l'embouteillage. Ce n'est pas plus mal, cela m'évite de m'enflammer et de partir trop vite, ce que je fais tout de même....

Mes 2 premiers kilomètres sont 10 secondes au dessus de mon allure marathon.

J'ai décidé de courir ce marathon en 4'45/km, je vaux mieux que ça mais ma préparation a été courte, je préfère partir prudemment, l'essentiel est de réaliser un meilleur chrono qu'à Paris.

5 ème km : 1er ravitaillement et la galère me dis-je ! Quel bordel, gros bouchon au ravito, des gobelets en plastique (ce que je n'aime pas, je préfère des bouteilles), des morceaux de bananes. Excellent me dis-je, j'aime bien manger cela.

Il n'y a pas de sucres sur les tables, je vais donc courir un marathon banane !

En effet, j'ai décidé de courir ce marathon sans gels, sans gourde, sans rien, c'est peut-être risqué. J'ai seulement pris un gel à 5 minutes du départ, j'en prendrai un second au semi, au stand Powerbar, l'unique ravito en sucre du parcours.

Le problème des ravitaillements en gobelets, c'est que je dois beaucoup ralentir mon allure afin de pouvoir boire, de ne pas balancer toute l'eau à côté, dans les yeux ou narines.

L'ambiance est électrique, il y a un énorme public et cela va durer pendant 42,195 km !

Au 14 ème km, je reviens sur Laurent de la TMC, il me dit que sa montre déconne et qu'il a perdu du temps au départ à cause de coureurs plus lents. 

Il me dit que j'ai l'air bien, je lui réponds que ça va, que je me cale sur 4'45 au km.

Au 15 ème km, il me repasse devant et s'en va, je n'essaie pas de suivre, je ne le vois plus.

Quelques minutes plus tard, je sens des frottements douloureux entre ma chaussette et mon pied gauche. A ce moment, j'ai très peur de voir apparaître une cloque en dessous de mon pied, ce qui me fera évidemment ralentir. Je croise les doigts pour que cette cloque se forme le plus tard possible.

Je passe au semi en 1h39'30, je suis content, j'avais prévu d'y passer en 1h40'00, j'ai un matelas de 30 secondes d'avance. En réalité je suis passé au semi en 1h40'17, ma montre GPS a manqué de précision, ou c'est moi qui n'ai pas bien couru.

A ce stade de course, je ne suis pas entamé, je suis bien, pas de blessure, pas de problème gastrique, pas de déshydratation, aucun manque de sucre, c'est parfait.

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                                                   Passé le semi, j'ai toujours de bonnes jambes, j'accélère même !

Le 2 ème semi

Je continue ma marche en avant et enchaine les kilomètres à l'allure prévue, et même après 30 kilomètres je ne faibli pas : du 30eme au 37ème kilomètre, je réalise 4'40-4'44-4'39-4'39-4'38-4'46-4'48-4'39.

C'est inespéré, je ne connais pas le Mur, ce fameux passage si redouté pour un marathonien !

Et encore mieux, je termine fort : au 36ème kilomètre je reprends Laurent pour la seconde fois et, cette fois, il ne me reverra pas, je m'envole vers l'arrivée.

La fin de course est pour moi exceptionnelle, j'arrive à accélérer et double beaucoup de coureurs, je kiffe grave, c'est superbe.

Au 40ème kilomètre je reprends Gianny de la TMC, pas possible me dis-je, il était bien mieux préparé que moi, il a eu un problème c'est certain, il est à la peine. Je l'encourage et file vers l'arrivée.

Je réalise mes meilleurs kilomètres aux km 41 (4'14) et km 42 (4'22), c'est incroyable, je suis presque à mon allure semi après plus de 3h de course.

Je pensais même, à ce moment de course, pouvoir réaliser 3h18, mais j'ai trop suivi ma montre GPS, sur la fin, j'ai même eu peur de ne pas pouvoir battre mon record !

A 800 m de l'arrivée, j'aperçois la Porte de Brandebourg, j'ai été surpris par le finish, une longue ligne droite interminable.

Je stoppe le chronomètre qui affiche 3h19'43, ouf j'ai battu mon chrono de Paris (3h20'16), de peu, mais battu et en dessous de 3h20 ! Je suis content.

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                                                                        Finisher !

Quelques larmes...

J'ai du mal a réaliser, je viens de terminer mon 1er Major marathon et j'ai tapé mon record.

L'émotion intervient, je regarde le ciel, je lève les doigts au ciel et dis "Papa c'est pour toi".

Des larmes, des larmes, des larmes, durant quelques secondes je craque et pleure.

Je lève le doigt au ciel, j'ai réussi le marathon parfait, j'ai été fort dans ma tête.

La récupération

A mon grand étonnement, je termine ce marathon en forme, bien sur j'ai mal aux cuisses mais ne suis pas blessé, ne boite pas, ne suis pas vidé ni physiquement, ni psychologiquement.

Je récupère ma médaille finisher, me laisse prendre en photo par des photographes officiels.

Je retrouve Laurent, arrivé à moins d'1 minute derrière moi (il a bien géré sa fin de course).

Nous nous dirigeons vers les consignes, et prenons une bière (sans alcool, merde...) sur un stand.

L'organisation est très bonne, je récupère mon sac de suite, chaque coureur a droit à une feuille imprimée avec son chrono final et ses temps de passage.

Je retrouve les amis près de la porte de Brandebourg, c'est le moment d'échanger nos résultats. Je découvre que j'ai réalisé un négative split, je suis très content de cela, c'est la première fois que cela m'arrive et sur marathon !

Nous rentrons à l'hôtel nous reposer quelques heures avant de sortir diner dans Berlin, la bière de récup est proscrite.

Le lendemain je rentre sur Paris, avec quelques soucis au niveau des transports berlinois (ça change de Paris tiens...). Je compte stopper le sport pendant 3 jours puis remonter sur mon vélo jusque ma prochaine course les 2


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                                                             Photo d'arrivée, je dirige mon doigt vers le ciel, je sais que papa me regarde

 Guillaume


18 octobre 2014                                                                                        MA CCC !

Cette jolie aventure débute en famille, la course a lieu le vendredi le 29 août 2014 et on part le mercredi 27 août avec ma femme et mes 2 petits gars. Arrivés mercredi soir, on est tout de suite pris par l’ambiance : dans la ville, les gens sont habillés soit en coureurs  soit en alpinistes, mais la 1ère catégorie l’emporte largement lors de cette « semaine du trail ».

Le jeudi c’est donc récupération du dossard, après contrôle rigoureux du sac (ici on ne rigole pas avec la sécurité !), et ballade dans le village trail, presqu’aussi grand que celui du marathon de Paris. J’y retrouve Vincent Delebarre (WAA team Hoka), avec qui j’avais fait la reco de la CCC en juillet sur 3 jours, et 3 brillantes « étoiles », Olivier Gaillard, Marie-Amélie Juin, venus nous supporter.

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et Adrien Marlault qui fera aussi sa 1ère CCC. On ne sait pas trop ce qui nous attend, il fait grand beau, alors là, on a encore le sourire !

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Jeudi 28 août matin, c’est aussi l’arrivée de mon pote Matthieu Camison, avec qui on devait faire le marathon de NY en 2012 (ben on le fait du coup cette année) et avec qui on a fait la Saintélyon fin 2013, et The Trail 110 km, pour voir ce qu’il se passe au-delà de 100 km (notre mur du son !) et se préparer ainsi pour la CCC.

Ci-dessous, la photo de la carte du massif du Mont-Blanc, ben oui on se sent tout petit ;)

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Vendredi 29 août, 5H30, "réveil de la compagnie"! La nuit a été courte pour mon pote Matthieu et moi, entre l'altitude et le stress, et on est déja levés depuis 5H du mat! Petit déj rapidement avalé, sac une fois de plus "checké", mon épouse Michèle nous dépose à Chamonix centre pour prendre la navette de 6H15 pour Courmayeur. On y retrouve Cathy (une locale rencontrée cet été avec ma femme sur le km vertical de val Thorens), et un pote à elle, grâce à qui on a pu échapper à la navette de 5H45. A l'intérieur, ça parle italien, allemand, anglais, bref ça parle fort et impossible de se reposer! Arrivés à Courmayeur à 7H, on squatte un café pendant près de deux heures et on voit les navettes des autres coureurs "pistonnés" défiler...

8h45, on se positionne sur la ligne de départ. Il y a 3 "vagues" (9h, 9h15 et 9h30). L'ambiance monte, musique, cloches de vache, superbe temps, et là...première angoisse, Jean-Luc, un pote à Matthieu qu'on vient de retrouver me dit que mes bâtons sont trop courts. On sait bien qu'il ne faut rien changer à 5 minutes du départ, mais, « brin de folie »  je l'écoute, et tire comme une brute sur les brins qui se détachent et que je n'arrive plus à réenclencher! La course avec un seul bâton, forcément ce sera pas pareil! Heureusement une gentille concurrente m'explique la technique de la canne à pêche et tout rentre dans l'ordre!

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C’est donc parti pour 24h de course ?! Une fois le départ donné de Courmayeur (1210m d’altitude), c’est 2 km dans la ville avec une super ambiance, ça descend (comme au départ du marathon de Paris, mais faut veiller à ne pas s’emballer !) puis ça remonte vite, ça ne pouvait pas durer ;). Avec Matt, on essaye de gagner quelques places avant l’embouteillage de la 1ère montée : l’ascension de la Tête de la Tronche (2526 m), soit 1300 mètres de dénivelé qu’on gravira en file indienne avec mon pote Matthieu, car le chemin est ce qu’on appelle un « single », avec quasi impossibilité de doubler. C’est là qu’on croise Adrien, et que je me dis : « c’est un sacré coureur, pas logique qu’on le dépasse, on serait pas partis un peu vite ?! ».

Arrivés au sommet après 2h30 de marche, on se remet à courir pour filer vers le 1er ravito, le refuge Bertone (où j’avais dormi lors de ma reco cet été). J’aime bien envoyer en descente et je me fais plaisir, Matt s’accroche et suit. On a fait 15 bornes … en 3h, il est 12h15, et on est bien contents de recharger les bidons, et de s’avaler tucs, bananes et coca !

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Je laisse mon pote Matt passer devant, pour la longue traversée avant la 2ème bosse, le Grand Col Ferret, afin qu’il fixe le tempo. Je suis derrière et j’en profite pour donner des indications sur le profil de la course, nos temps de passage, la barrière horaire, qui au fur et à mesure de notre progression s’éloigne (yes !), fort de ma connaissance du parcours reconnu cet été.

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Les paysages sont sublimes, avec en face de nous la vallée du Mont Blanc versant italien.

 

On marche quand ça monte, mais on déroule les jambes sur le plat, tout en en gardant sous le pied. La route est longue.

5h de course, il est 14h15, on arrive à Arnuva au km 27 !

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Au ravito, Matthieu met de la boisson énergétique dans ses bidons où il avait mis de la poudre énergétique. Du coup, c’est imbuvable, il est obligé de faire demi-tour, et je décide de continuer : on s’était en effet dit avant le départ, on part ensemble mais chacun fait sa course (pas comme le Trail de l’Yonne 110 km où on tout fait main dans la main), et lui comme moi, on se dit qu’on se retrouvera sans doute au prochain ravito.

 

La 2ème ascension est raide : départ 1771m, arrivée au Grand Col Ferret à 2527m, j’entends le prénom de Matthieu scandé par les supporters sur la montée, ça fait plaisir de savoir qu’il est de retour et à à peine 30 mètres en dessous ! Il a rempli ses bidons en 4ème vitesse J. 1h25 de grimpette après, c’est le sommet. Les conditions météo ont jusqu’à présent été parfaites, avec même un peu de bruine pour se rafraîchir.

 

On se prépare à une très longue descente, au sommet je ne vois plus Matt (j’apprendrais après qu’il a commencé à souffrir et s’est ensuite un peu posé au sommet). Je me sens bien et je décide d’envoyer du gros sur les 20 km de descente. Je dépasse pas mal de monde dans la descente qui me mène 900m plus bas à la Fouly (1611m).

 

Et là, déclic, et si je passais du mode observation-gestion au mode course-glouton?!

 

On était partis avec pour seule ambition de finir avec le sourire, comme lors d’un premier marathon sans objectif de temps. Mais comme je me sens bien, autant en profiter.

 

Attention : On n’est qu’au 41ème km (en 7h30, pas canon le chrono pour un marathon !) il en reste donc 60 !!!

 

Mais je suis joueur donc je prends le risque de peut-être me cramer un peu vite, ça passe ou ça casse, j’envoie !

 

J’arrive à Champex avec le sourire.

 

C’est le milieu de la course, le 2ème C de la CCC, le 1er ravito où on peut être assisté.

 

On est au 56ème km en … 9h45 de course ! Il est 19H. Dans la dernière montée, il s’est mis à pleuvoir fort pendant une bonne quarantaine de minutes, j’ai pas voulu me retarder et sortir le gros k-way, et j’y arrive trempé, mais je sais que je vais pouvoir me changer J

 

Je rentre dans la tente et Michèle, Eliott et Gabi m’y attendent, aux petits soins,  me proposant un « super repas » : soupe au vermicelle, tucs, fromage, pain d’épice, bananes et chocolat noir J

 

Au final, ce sera mon plus long arrêt (30 minutes) avec un changement intégral de tenue (sauf les chaussures), comme si je débutais une nouvelle course, ce qui sera le cas puisque la 2ème partie, 45 km, se fera quasi intégralement dans la nuit !

 

Je repars donc à 19h30, j’ai appris par Michèle et Frédéric Degouy qui le suit et l’assiste, que Matt était au dernier pointage à un ¼ d’heure vingt minutes derrière, et en repartant du ravito, qui voilà ? Mon poteau encore plus trempé que moi, car quand j’étais au chaud sous la tente la pluie a redoublé.

 

Je l’encourage, il est gelé; je culpabilise un peu de l’avoir lâché avant le Grand Col Ferret, et en même temps, j’ai aussi envie de performer … et de prendre ma revanche sur le marathon d’Orléans, où avec ses 3h16, il m’a carrément humilié ;)

 

Départ donc de Champex avec la frontale dans le sac, la pluie a presque cessé, j’ai demandé mon classement car je me suis bien rendu compte que je doublais plus que je n’étais doublé.

 

Une seule stratégie : ne jamais jamais s’arrêter ! De marcher quand ça monte, de courir quand c’est plat ou en descente.

 

On sent la fatigue dans les visages des concurrents que je double, j’ai l’impression de jouer à pacman, filant sur la cible et absorbant son énergie pour mieux filer vers le suivant.

 

C’est ludique et un excellent passe-temps, car moi aussi je suis fatigué ! 

 

La montée vers Bovine est super technique, avec de gros blocs de pierre à « escalader ». J’avais fait la reco de jour et par beau temps, il pleut, ça glisse, on voit rien, je me retrouve à égalité avec les concurrents qui n’en ont pas faite! Le chemin traverse des rivières, j’essaye encore d’éviter de trop mouiller les pieds, alors forcément le rythme ralentit ! On enchaîne avec la descente vers Trient, je commence à lâcher les chevaux, mais une gamelle, deux, et là la raison l’emporte : j’aurais bien aimé passer sous les 20h, mais l’essentiel est d’arriver … entier. Donc au lieu de descendre à donf, en portant les bâtons dans chaque main, je m’en sers à chaque foulée en les plantant alternativement pour me stabiliser.

 

Il restait 3 bosses, on est au km72, après 13h20 de course, plus que 2 à se taper avant l’arrivée.

 

Après un bref passage par la case ravito, où je limite au maximum ma présence pour d’une part ne pas perdre trop de temps, et d’autre part ne pas prendre froid en repartant, c’est le départ de 1303m à Trient, objectif Catogne à 2009m. Le chemin pour la montée des Tseppes n’est pas facile, mais je grimpe d’un pas déterminé et continue à « bouffer » des concurrents. Il n’y a aucune solidarité, c’est chacun pour soi, un peu triste comme constat, mais je ne rencontre personne en péril. C’est toujours délicat quand on dépasse qqn et qu’on souhaite l’encourager, parfois c’est mieux de rien dire et de la jouer low profile…

 

A mi-ascension, on voit le sommet grâce au ballet des frontales qui dessine la montagne, ça fait du bien et donne du baume au cœur.

 

Une fois le sommet atteint, je repasse la seconde, ça glisse toujours autant, j’ai le choix entre la boue du chemin et  l’herbe grasse qui l’entoure, mais bon, la technique à 4 pattes (2 pieds 2 bâtons) commence à être rôdée et je prends quand même du plaisir à la descente.

 

Vallorcine, dernier arrêt avant Chamonix ! Dernier ravito après 16h de course et que 83 bornes au compteur ; il est un peu plus d’1h du mat, et j’en ai marre, mais je décide de ne rien lâcher, car plus vite arrivé, plus vite je pourrai me coucher ;)

 

J’avais le choix entre 2 écoles : se reposer pour mieux repartir et assurer par rapport à une éventuelle défaillance du corps. Ou repartir au plus vite, avec le piment d’un « meilleur » classement.

 

Et même si on n’en est que la 1ère nuit blanche, les hallucinations ne sont pas loin : je m’imagine Ulysse tenté par le chant des sirènes de m’arrêter…pour ne jamais repartir ! J’expédie donc le ravito en me contentant de remplir mes bidons avec ma poudre Nutratlétic magique, avale 2 tucs et 1 coca et repart illico.

 

La dernière montée est la plus dure, elle n’en finit pas ! En fait, c’est assez plaisant et facile jusqu’au col des Montets ( c’est moi qui suis « démonté » !), puis on entre dans les Aiguilles Rouges, et là c’est une grosse ascension jusqu’à la Tête aux vents. 2h30 pour monter 800m de dénivelé à 3.31 km/h, je n’aurai jamais été aussi lent…Pas tellement plus brillant pour rejoindre La Flégère 200m plus bas, à la vitesse supersonique de 3.81 km/h. Sur le cumul de ces 2 portions, 11 km en 3h L

 

Il est donc 4h47je suis à la Flégère après 19h34 de course pour 93km. Les 20h ne pourront se faire mais je me décide de tenter le tout pour le tout.

 

A l’approche de la grande descente pour Chamonix (oui Chamonix, le 3ème C de la CCC J), gare aux cailloux et aux racines ! Je suis prudent sur les parties techniques. Puis le chemin devient un billard, je passe direct la 3ème, sourire aux lèvres, déroule, vole, retrouve les sensations que j’avais eues en 2012 sur l’EcoTrail de Paris à la sortie du Parc de Saint-Cloud, avec le 1er étage de la Tour Eiffel dans le viseur. Une sensation que « rien ni personne ne peut nous arrêter, surtout quand ça descend ! »

Et là, divine surprise, à un km de l’arrivée, mon compagnon de reco, qui avait fait l’UT4M une semaine avant, m’attend. Et me dit, conscient que je ne cesse d’améliorer mon classement : « tu as 5 concurrents à te mettre sous la dent ». Il file devant, m’impose un sacré rythme. On en passe un, deux, trois, quatre, cinq, mais le dernier me repasse à 200 m de l’arrivée, et je le redouble dans la dernière ligne droite à 30 m de la ligne (cf. vidéo). On se serait cru dans un GP moto, avec la stratégie de dépassement dans le dernier virage, lol !

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Arrivée en sprint, ça fait plaisir, j’en ai donc encore sous le pied J

 

Je suis frais, l’adrénaline coule à flot dans mes veines, je tends la main au concurrent dépassé sur le finish, il me la tend avec fair play et amusement.

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Ayé, I am finisher J, et j’ai la 2ème course à 3 points qui me permet, avec The Trail fait en mai, et la Sainté, de pouvoir participer au tirage au sort pour l’UTMB, soit en une seule course l’Illiade et l’Odyssée ;

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Mon classement est sympa, car je n’ai cessé de progresser J

 

Revers de la médaille, quand t’arrive à 5h du mat, forcément y a pas grand monde pour t’acclamer !

Retour à la maison, douche, puis je reviens sur les lieux du crime à partir de 8h pour féliciter les copains, notamment Matthieu et Cathie, qu’on n’avait pas revue depuis le café de la veille à Courmayeur après le départ en bus de Chamonix. La boucle des 3C est bouclée J

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Dans la journée, on passera un bon moment dans le parc des aiguilles rouges, entre le col des Montets et la Tête aux Vents, à acclamer les derniers arrivants de l’UTMB.

Après coup, de jour, je me rends compte, que p… ça monte, et secrètement pense déjà à l’année prochaine (si je suis tiré au sort) ou dans 2 ans, me voyant bien à leur place pour faire d’une traite le tour du Mont Blanc.

De retour à Paris, la belle étoile Giao organise une jolie rencontre où chacun raconte ses dernières courses, et avec Matt, on revit et on échange sur notre CCC.

 

En conclusion, je vous recommande cette dernière semaine d’août à Chamonix, car c’est magique, mais surtout, il y en a pour tout le monde, à commencer par l’OCC de 52 km. Ou juste en tant que spectateur, pour se donner envie d’en être l’année d’après. Olivier Gaillard, Marie-Amélie Juin, vous vous sentez visés ?

 

En bonus, last but not least la vidéo de mon pote avec qui j’ai partagé les 5 premières heures de course. Franchement, ça vaut le coup ! Plus c’est long plus c’est bon ? Un grand coup de chapeau à toi Matthieu, t’as su aller au-delà de tes limites, ce qui n’est pas mon cas !

http://www.youtube.com/watch?v=6y-KrDHnI7w&feature=youtu.be


ALEXIS CHOUCROUN


18 Octobre 2014                                                    LA CCC 2014 D'ADRIEN

 

Cela faisait plusieurs mois que cette course me trottait dans la tête, plusieurs mois qu’elle me faisait rêver. A force de regarder des vidéos, de lire des comptes rendu de course et d’écouter les expériences de Giao et de Carine sur l’édition 2012, je n’avais plus de doutes, je veux absolument vivre cette expérience hors du commun !

On peut toujours rêver après tout, cela ne coute rien, je ne suis pas du tout un traileur, loin de là, si je décroche un dossard l’objectif sera d’être finisher, rien de plus et cela reste déjà un bel objectif ! Quelques précisions tout de même, la CCC (Courmayeur, Champex, Chamonix) est un trail qui se court dans les alpes et compte pas moins de 101 km avec 6100m de dénivelé positif.
Je vous rassure tout de suite on ne s'inscrit pas si facilement à une telle course, il faut avoir validé des courses qualificatives et être retenu au tirage au sort.
Une fois les formalités d'inscription derrière moi il me fallait maintenant m'entrainer, à Paris ce n'est pas simple de trouver des endroits avec du dénivelé mais on y arrive tout de même. Malheureusement je n'ai pas été le plus studieux des élèves durant ma
préparation, je n'ai pas réussi à inclure dans mon planning de we choc afin d'aller repérer le parcours, voire même tout simplement un trail de préparation dans l'année, bref ça sera avec en tout et pour tout quelques sessions aux 25 bosses de fontainebleau et quelques heures par semaine à monter et descendre la rue Bauyn de Peureuse à Nogent sur marne, inutile de vous dire que c'est loin d'être suffisant pour
s'attaquer sereinement à mon escapade alpine.
En plus d'une préparation qui laisse à désirer je me rends compte au tout dernier moment qu'il me manque plusieurs éléments obligatoires dans mon paquetage pour la course; en vrac ils nous demandent un sac avec un litre d'eau, une veste goretex, deux lampes frontales, un stock de gels, un bonnet, des gants, un collant de rechange, un sur pantalon goretex et encore plein d'autres choses... dans la
précipitation j'ai réussi à laisser chez moi mes gants et de n'avoir même pas cherché à savoir à quoi pouvait bien ressembler un sur-pantalon... Bref j'étais au top pour bien réussir ma CCC !
Heureusement pour moi le temps était magnifique à Chamonix et devrait durer toute la semaine, tant mieux nous allons avoir le parcours classique avec tous les sommets à gravir ! Chamonix durant une semaine devient la Mecque des traileurs, il n’est pas rare de croiser en ville de nombreuses personnes se balader avec une polaire finisher.
Pour moi la course à pied ne se conçoit pas sans les amis, il serait impossible d’aller à une course sans plein d’amis pour partager l’expérience avec moi ! J’étais ravi d’avoir à mes côtés Patrice, Nicolas et Etienne, cela faisait plusieurs semaines que nous préparions ce moment, ca y’est on y était !
Etienne et Olivia nous avaient trouvé un superbe chalet aux Houches, toutes les conditions étaient réunies pour passer la plus belle des courses.
Après avoir retiré nos dossards sous un soleil radieux et un petit ice tea en terrasse avec les amis (olivier et Marie Amelie étaient venus passer une semaine à Chamonix et m’informent qu’ils seront sur la fin du parcours pour nous encourager), il est temps de regagner le chalet pour la traditionnelle pastaparty !

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La veille de la course l'ambiance est détendue !

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Photo avec les amis au retrait des dossards

Pendant que nous nous gavions de pates et de malto, Olivia et Dominique étudiaient soigneusement leur plan d'action pour nous encourager à certains endroits stratégiques, surtout, elles seront bien à Champex lac dans la soirée avec des vêtements secs, cela devrait bien nous aider à mieux vivre notre challenge du lendemain ! Reconnaitre le parcours et connaitre les bons horaires des bus sont
toute une organisation, une véritable CCC en coulisse, merci encore les filles pour votre aide !!
Le lendemain c’est le grand jour, le réveil sonne à 04h30, il ne faut surtout pas être en retard pour le bus qui part à 06h15 de Chamonix pour rejoindre le départ à Courmayeur, bien sûr j’ai très peu dormi, j’ai peur de m’attaquer à un défis sans doute trop ambitieux, bref je gamberge à mort dans le bus qui nous amène à Courmayeur, heureusement les amis sont là pour me faire penser à autre chose ! Encore quelques minutes à patienter, quelques selfies plus tard et c’est déjà le moment des hymnes nationaux, l’italien, le suisse puis le français sont repris en cœur par les coureurs, enfin nous partons au son du mythique Conquest of Paradise de Vangelis !

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Quel plaisir de parcourir la ville de Courmayeur ou l’ambiance est géniale, de nombreuses personnes nous encouragent avec leur cloche des alpages.
Très vite le petit village fait place à une très longue montée qui se terminera pour moi deux heures après à la tête de la tronche, cette très longue montée en single track s’est bien passée, j’arrive à garder en visuel Nico, Etienne et Patrice qui sont partis légèrement plus vite que moi, comme nous sommes tous à la queue leu leu, il m’est
impossible de doubler le moindre traileur, du coup je prends mon mal en patiente et je profite du paysage qui est déjà simplement sublime !
En haut de la Tête de la tronche il est déjà 11h44 et le soleil tape fort à plus de 2500m d’altitude. La descente vers le refuge Bertone commence, les sensations sont là et je fais super attention à mes appuis pour ne pas tomber ou me retourner une cheville ! Jusqu’à Arnuva tout se passe nickel le parcours de grande randonnée que nous
empruntons est simplement magistral, j’en prends plein la vue, j’ai un sourire de fou et je ne vois pas les kilomètres, ou les heures passer.
Nous arrivons Etienne Nico et moi à ce grand ravitaillement à 14h36 soit après 05h24 de course, j’arrive sans problème à garder le rythme mais je sais que cela ne sera plus le cas très bientôt, du coup je profite à fond de ces bonnes sensations, après tout ce qui est pris n’est plus à prendre ! Malheureusement nous avons déjà perdu Patrice,
lui qui attendait si impatiemment cette course n’est malheureusement pas dans un bon jour et pour lui les kilomètres sont de plus en plus difficiles, pourtant il s’accroche.

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Après Arnuva commence la longue montée vers le grand col Ferret, Nico et Etienne passent devant et montent ce col sans problème. De mon côté j’en garde sous la semelle, après tout nous avons simplement fait 27 km depuis le départ, la route est encore très longue. Il me faudra près de 1h30 pour rejoindre le sommet du grand col ferret et parcourir 4,4km, je vous laisse imaginer la fabuleuse montée ! Durant cette
ascension je retrouve Karine Levy, nous avons à peu près le même rythme et je suis ravi de ne plus être seul dans ma terrible montée ! Ça serait sympa si j’arrivais à tenir son rythme jusqu’à l’arrivée, c’est devenu mon objectif: ne jamais la laisser me distancer !
Je vous passe les détails sur la féérie du paysage, je ne peux d’ailleurs que vous conseiller de passer vos prochaines vacances à Chamonix et parcours les sentiers de la TMB, de la Tête de la tronche au grand col Ferret le parcours est simplement magique et je pèse mes mots !CCC2014_.jpg

Un bref check-point au sommet et la terrible descente jusqu’à la Fouly commence, Karine est très à l’aise sur ce parcours plutôt technique, de mon côté je suis avec mes battons et j’essaie tant bien que mal de suivre le rythme endiablé, j’ai toujours un énorme sourire et je profite à fond de tout, j’adore, c’est un vrai plaisir.
A la Fouly ou nous attend un énorme ravitaillement nous sommes tout de même à plus de 8 heures de course et je n’ai vraiment pas vu le temps passer.
Vingt minutes et quelques soupes aux vermicelles plus tard nous ressortons du ravitaillement. Jusqu’à Champex-Lac tout va bien, le parcours est au top, j’arrive à tenir le rythme de Karine, les autres traileurs sont encore souriants, j’arrive à relancer dans les montées. Nous avons un vrai leitmotiv: tant qu’on peut relancer et se faire
plaisir sur le parcours : on y va ! Tant qu’on peut kiffer, on kiffe !! On verra après pour les passages ou le morale n’est plus la !
Nous atteignons Champex Lac vers 20 heures après 10h43 de course, j’ai toujours la forme, le sourire toujours très présent sur mon visage, je kiffe à fond !!

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Ce ravitaillement arrive tout de même à point nommé car il pleut de plus en plus et mes vêtements secs dans mon sac le sont de moins en moins. Quel plaisir de retrouver Dominique et Olivia au ravitaillement, je leur donne avec plaisir mes vêtements trempés et j’enfile ma tenue de nuit ! Je passe un temps fou sous la tente du ravitaillement, je mange beaucoup de fromage suisse, des pâtes, des barres Overstims … bref au bout de 40 minutes Karine s’impatiente, et je sors enfin de la tente, si j’avais pu je serais resté bien plus longtemps mais bon nous avons encore 44 kilomètres à parcourir sous la pluie et ils ne vont pas se faire tout seuls !
En sortant de Champex l’ambiance de la course à totalement changé, il fait désormais nuit noire et avec 56 km de course les jambes sont moins faciles qu’avant, Etienne n’arrêtait pas de nous dire que la course commençait véritablement qu’à Champex, il avait tout à fait raison !
La montée de 838m vers la Giète est simplement interminable, les battons m’aident énormément à ne pas tomber dans les chemins qui se sont décomposés avec la pluie ! Durant la montée je reçois l’appel de Dominique, tant bien que mal j’arrive à délocker mon téléphone et elle m’apprend que Patrice vient d’arriver à Champex et qu’il souhaite s’arrêter la, j’essaie de le raisonner en lui disant de rejoindre au moins Trient et de faire le point sur sa course une fois la bas, mais j’ai peur de ne pas avoir trouvé les bons mots pour le remobiliser, cela devait se s’entendre à ma voix que je galérais vraiment que j’étais aussi à deux doigts de jeter l’éponge également. Finalement
c’était simplement le fait de voir Karine juste devant moi et de continuer à avancer coute que coute qui me motivait à l’imiter. Aller un petit effort Adrien, l’abandon n’est même pas une option, pense à ta polaire finisher !! Cette polaire je vais souvent l’avoir en tête durant cette nuit. Je comprends mieux pourquoi tout le monde l’arbore
si fièrement à Chamonix ! Elle a une grande signification.

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Peu avant la Giète nous passons par Bovine et c’est assez bizarre de croiser un bovin en sens inverse s’interposer entre les traileurs, il a du être attiré par nos lumières !
J’attends avec une très grande impatience le ravitaillement de la Giète mais finalement dommage il n’y en a pas, simplement un petit check-point chronométrique. La pluie tombe de plus en plus fort quand nous entamons la descente vers Trient. Karine devant moi gère les descentes vraiment très bien et rejoint la tente bien avant moi, elle est simplement incroyable, avec elle le trail parait si facile, encore
un grand bravo pour ton impressionnante course.
J’entends mon téléphone vibrer, je reçois des texos plutôt alarmants, ma position n’est plus actualisée sur le livetrail, pourtant je suis encore là, toujours fidèle au poste avec mes battons en train de mobiliser toute mon attention pour ne pas tomber dans la descente. C’est super technique surtout après 15 heures de course. Les battons
m’ont sauvés de la chute beaucoup de fois (note pour plus tard :
allumer un cierge à l’inventeur des bâtons de trail dès que je serais
sorti de cette galère !!).
C’est avec la plus grande peine du monde que je rejoins le ravitaillement de trient, juste avant la tente je croise Dominique, Olivia, Nicolas et Etienne qui eux reprenaient la route. Pour la première fois depuis Courmayeur je n’ai plus le sourire, je ne fais
plus le mariole avec le publique, je n’ai qu’une envie : un bol de vermicelle et toujours cette pensée qui me hante : décrocher ma polaire finisher !
Aller tout n’est pas perdu, au ravitaillement je retrouve Karine et la pluie s’est arrêtée ! Hauts les cœurs il ne reste « plus » que 28 kilomètres et deux grosse cotes ! Ca va le faire !!
Il est 00h53 lorsque l’on sort de Trient, étonnement je vie beaucoup mieux cette deuxième montée nocturne, je ne suis plus distancé par Karine et j’arrive presque en même temps qu’elle au ravitaillement de Vallorcine. Il nous aura tout de même fallu trois heures pour défère de cette seconde bosse et parcourir 10 kilomètres depuis Trient ... Nous avançons toujours !
Au ravitaillement, entre un bol de soupe au vermicelle et un morceau de fromage suisse je regarde mon téléphone, je vois de très nombreux messages de soutiens, je suis tellement heureux de découvrir tout ça. Grâce à vous et vos pensées si positives mon moral remonte en flèche ! Je ressorts de la tente boosté comme jamais après tout, il ne nous reste que 7,5 kilomètres de course et une bonne cote à passer : facile
! Bien sûr cela est loin d’être le cas, nous sommes à 18 heures 25 minutes course et mes jambes ne sont plus ce qu’elles étaient à Courmayeur … Allez encore un effort, on va y arriver !photo ccc adrien 2.jpg

 La longue montée de 857 mètres d'altitude de la tête aux vents est enfin la, c'est la dernière montée je me jette de la bataille à corps perdu, je donne toutes mes forces dans ce passage plutôt technique, je me concentre au maximum pour garder le rythme et ne pas trop gêner les autres traileurs, je pense si fort à vous tous, cela m'aide beaucoup,
au sommet de la tête aux vents la récompense est bien la, je rejoints le sommet au moment où le soleil se lève, le spectacle est simplement magistral : quelle claque !! Avec cette montée si violente je ne suis plus que l'ombre de moi-même, j'ai beaucoup de mal à garder mon équilibre entre les rochers très glissants, après plusieurs chutes sans gravité je rejoints le check-point de la tête aux vents. Karine m'a depuis longtemps doublé avec une facilité déconcertante...Le moral en prend un sacré coup surtout après avoir discuté brièvement avec un bénévole du check-point le passage jusqu'à la Flégère s'annonce des
plus périlleux. Je suis au bout du rouleau, je rassemble mes dernières cartouches, je suis dans un état de nervosité important, le moindre coup de coude d'un autre traileur pour me double m'irrite, je ne me reconnais plus, je n'en peux plus je suis à deux doigts de déclarer forfait, je shoote par inadvertance dans un rocher, en plus de tout ça j'ai maintenant mal au pied ... Enfin, après une heure dix de galère je rejoints la Flégère, je commence à m'en prendre aux pauvres bénévoles qui n'y peuvent rien.
Comme un con, à cause de la fatigue et de mes nerfs à vifs je leur lance : « Vous ne vous rendez pas compte, que c'est dur,comme le passage depuis le haut de la Tête aux vents est technique, vous êtes des grands malades de nous faire passer dans des endroits si dangereux et glissants ... » En fait j'étais bien plus virulent mais je n'étais plus moi-même à ce moment-là ... j'avais besoin de parler, j'avais besoin que cela sorte, finalement j'arrive à me calmer, il était temps, je n'allais tout de même pas craquer aussi près de la ligne
d'arrivée ! Encore un coup d'œil sur mon téléphone, vos messages m'aident à reprendre le contrôle de ma course, je suis maintenant super ému, après la colère, place à l'émotion, il est temps que cette course s'arrête ! Encore quelques kilomètres j'essaie de parler avec d'autres traileurs mais je vois très vite que je suis le seul à vouloir parler, chacun est dans sa bulle ... soudain au détour d'un virage je tombe sur Olivier et Marie Amélie, ils m'avaient dit qu'ils allaient être la pour les derniers kilomètres, il est 7h30, ils sont tous les deux tout sourire Merci encore de vous être levés tôt pour nous accompagner,
quel plaisir de partager ces derniers efforts avec Olivier, je peux enfin parler à quelqu'un, ça me manquait, du coup je lui sors tout ce qu'il me passe par la tête, peu importe du moment que je pense à autre chose que cette satanée course ! A deux kilomètres de la délivrance je fais une dernière halte improvisée, j'enlève ma goretex et mets mon maillot des Etoiles pour le finish, je vais mieux je reprends des couleurs, le fait de parler
un peu avec Olivier m'a fait un bien fou. Dans la descente vers Chamonix je suis toujours avec Olivier, je croise Emir le Lapin Runner qui lui aussi avait mis le réveil pour
nous accompagner. Dans cette descente je croise à mon grand étonnement Karine avec un bandage sur le genou, finalement elle a dû s'arrêter à la Flégère pour se strapper. Je continue à avancer, les dernières centaines de mètres sont pour moi un vrai chemin de croix, mais je n'y fais pas attention, le sourire revient, il n'y a pas encore grand monde dans chamonix mais qu'importe je savoure comme jamais ce finish tant attendu, je tape
dans les mains de tous les supporters, bon ok ils ne sont que dix à être sur la zone d'arrivée mais qu'importe, c'est mon moment ! Dans ces derniers mètres je pense à vous tous, à vous qui m'avez supporté pendant toute la nuit, je pense à patrice et sa bête noire à Champex, je pense à Karine qui finalement me rejoindra quelque minutes
après, je pense à tellement de chose que j'ai l'impression que ce moment dure des heures. Finalement je ne suis pas seul à passer la ligne d'arrivée au bout de 23 heures 56 d'effort, nous sommes en fait très nombreux je passe la ligne avec vous tous et cela me mets en joie comme jamais auparavant. C'est grace à vous si je termine cette course
en finisher alors du fond du coeur je vous remercie.

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Je n'avais encore jamais vue une course aussi difficile, une course ou le mental était plus important que le physique, une course qui nous pousse jusqu'au bout de nos capacités, cette nuit à été la plus difficile de ma vie et vous ne vous rendez pas compte à quel point je suis heureux de me dire enfin que je suis finisher. Je retrouve sur la ligne d'arrivée Etienne, Nicolas et leurs deux plus fidèles supportrices. Ils sont arrivés il a presque une heure et veulent à tout prix rentré prendre une douche, moi aussi j'en ai besoin je ne sens pas très bon et je marche difficilement avec mon pouce en compote... mais tant pis je l'ai fait, je suis tellement soulagé d'être enfin arrivé que je saoule tout le monde en racontant déja des passage de la course... Mais faites le taire !! Comme après tous les trails je me dis: plus jamais ça, plus jamais je n'irai me chercher aussi loin, plus jamais je ne me pousserai dans de telles limites, à quoi bon tant d'effort, je ne veux même pas entendre parler de courses plus longues, plus difficiles. L'utmb c'est encore une classe au dessus et quand je vois dans quel état j'ai du me mettre pour terminer celle-ci dans les temps je n'imagine même pas tenter l'utmb.... en tout cas pas tout de suite, il faudrait que je sois entouré de beaucoup d'amis, il faudrait que je puisse m'entrainer bien plus souvent en montagne. Pour l'instant j'ai trouvé mes limites, mais bon il ne faut jamais
dire jamais... un jour peut être ...

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Je m'arrête ici pour mon compte rendu j'ai essayé d'être le plus sincère possible, je vous remercie de m'avoir lu jusqu'au bout.  Je ne saurai trop vous conseiller de tenter vous aussi l'aventure CCC mais attention, cette course vous entraine dans un voyage au bout de vous même. Oserez vous tenter l'aventure ?

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ADRIEN